vendredi 4 juin 2010

Un exemple de risque « image » : la conformité sociale chez les sous-traitants d’Apple


On peut être qualifié de « love brand », être la référence des produits Hi-Tech du 21ème siècle avec l’I-Pod, l’I-Phone et maintenant l’I-Pad, et risquer cette image du fait d’une maîtrise aléatoire de sa chaîne d’approvisionnement.
Voilà qu’Apple, déjà longtemps montré du doigt par Greenpeace sur les qualités environnementales de ces appareils (avec de nettes améliorations ces derniers mois cependant), se voit confronté à des scandales sociaux dans les usines chinoises de ses fournisseurs.

A l’heure des Achats Responsables, comment la marque à la pomme en est-elle arrivée là ?

En mars, Le Figaro et Le Monde titraient sur le travail des enfants et le droit « bafoué » dans les usines des principaux fabricants du nouvel I-Pad. Novethic reprend ce mois-ci la charge dans un article intitulé « Chine : la grogne monte dans l’usine du monde ».
Afin de rassurer les utilisateurs de produits Apple, je note que ces articles ne sont pas tirés d’enquêtes « secrètes » menées par des journalistes d’investigation mais bien d’un rapport interne d'Apple. En effet, après une affaire impliquant Foxconn et les conditions de production de l'iPod en 2006, Apple a édicté un code de conduite pour ses fournisseurs, et s'est engagé à publier un rapport annuel sur la question de leur responsabilité sociale.

Ainsi, alerté par divers scandales, l'entreprise américaine a d’abord constaté l’emploi de 11 enfants de 15 ans alors que l’âge légal chinois est de 16 ans (l’OIT le fixe de son côté à 15 ans mais la règle veut que l’on conserve la référence la plus avantageuse pour les salariés). Ces enfants étaient relativement proches de l’âge minimum lorsqu’ils ont été embauchés, une situation récurrente dans les usines chinoises.
Je signale toutefois que le travail des enfants reste une « non-conformité » sociale relativement rare. Aussi lorsqu'elle est détectée, on peut s’attendre à ce que bien d’autres droits de base des salariés ne soient pas respectés. Cela est manifestement le cas chez les fournisseurs d’Apple puisque les horaires de travail excessif (plus de la moitié des sous-traitants d'Apple ne respectent pas la limite de 60 heures de travail hebdomadaire) et les rémunérations en-dessous du salaire minimum semblent monnaie courante dans les 102 usines fournisseurs d’Apple. Plus grave, une vague de suicide fait rage chez Foxconn, principal sous-traitant. Sans compter d'autres scandales: un journaliste frappé par des gardes et plusieurs intoxications aux produits chimiques (dans 40 % des usines, les équipements de protection sont insuffisants, et que chez plus de 15 % des sous-traitants, les salariés peuvent être exposés à des produits chimiques dangereux)..

Au travers ce rapport, l'entreprise semble vouloir s’inscrire dans une démarche de progrès louable. Pourtant, ces progrès ne semblent pas aux rendez-vous et la marque continue à courir un risque de réputation majeur.
Difficile de me faire une opinion sur l’investissement d’Apple dans cette démarche d’audits. Il faudrait analyser en profondeur les moyens mis en œuvre et les processus d’améliorations définis. En effet, je rappelle que le contexte chinois est loin d’être propice aux améliorations des conditions de travail et, ce, malgré les campagnes d’audits et beaucoup de bonne volonté (les progrès sont souvent plus probants en Inde ou au Bangladesh).
Mais les progrès dépendent aussi de la construction des plans d’améliorations d’Apple et du suivi post-audit. Sans accuser Apple de quoi que se soit, je note seulement que beaucoup d’entreprises se reposent sur la réalisation d’audits, forme d’assurance « image ». Trop peu construisent un réel programme d’audit incluant une vision claire du suivi de plans de progrès, partagés avec les fournisseurs.

Autre paramètre important, la négociation des rythmes et délais de production.
Comment espérer que les conditions de travail puissent s’améliorer si le plan de charge n’est pas adapté ? C’est bien là qu’Apple semble pécher, emporté par les flux d’I-Phone et autres I-Pad vendus sur les marchés des pays développés. Faut-il continuer dans cette voie au risque de voir fleurir des titres tel que « mourir pour ce gadget ? » comme l’a récemment écrit un quotidien britannique ?

Fabriquer en Chine pour baisser les coûts, oui, mais en s’adaptant au contexte chinois et, sans fatalité, faire en sorte de travailler à une réelle amélioration des conditions de travail dans ce pays.

mardi 13 avril 2010

De la responsabilité sur les délais de paiement


Deux études ont récemment retenu mon attention au sujet des délais de paiement entre les grands donneurs d’ordre et leurs fournisseurs. Si la loi LME a encadré et redéfinie ces aspects, force est de constater  que sur le terrain de nombreux efforts restent à faire.

Ainsi, une étude Altares a démontré que les retards de paiement du premier trimestre, en France, s’élevaient à 11, 8 jours. Si ce chiffre est au-dessus de la moyenne européenne (14,4  jours) et bien meilleur que ceux de nos amis espagnols et portugais (22,5 et 25,6), il reste moins bon qu’aux Pays-Bas et en Allemagne. En ce qui concerne l’Espagne, il ne fait pas bon y être fournisseur puisque au-delà des retards de paiement, s’ajoutent des délais contractuels franchement élevés de 90 à 120 jours, soit potentiellement un paiement à  5 mois !!! Bon courage aux start-up et autres PME innovantes pour gérer leur trésorerie, sans parler des entreprises en difficulté !

En parallèle, une étude d’Ernst and Young montre que 80% des donneurs d’ordre en retard ne s’acquittent pas de pénalités et que seuls 1% en payent spontanément. Pourtant ces pénalités sont bien évoquées dans la loi LME ! Chose plus inquiétante, seuls un tiers des fournisseurs réclament ces pénalités, les autres ayant peur de perdre leurs clients, ce, malgré la loi. La confiance acheteur-fournisseur n'est pas encore de mise...

Autant dire que les volets « éthique métier » et « responsabilité économique » (en terme de développement /sauvegarde économique des PME innovantes ou en difficultés) prennent encore tout leur sens ici. Les Achats Responsables ne peuvent  se contenter d’une approche externe, basée sur la seule évaluation des fournisseurs sur des critères RSE.
Le chantier des délais de paiement est un chantier important. Si d’autres parties prenantes en interne (comptabilité, finance) ont de fortes responsabilités en la matière, l’acheteur reste responsable de la relation avec le fournisseur. Un suivi plus strict et une revue des procédures de paiement devraient s’imposer dans bien des cas.
                     

samedi 20 février 2010

Une charte pour les relations clients-fournisseurs


Décisions Achats (www.decision-achats.fr) signale la signature d’une charte encadrant les relations entre grands donneurs d’ordre et PME.

Cette charte, signée sous le parrainage de Christine Lagarde,  a été baptisée « 10 engagements pour des achats responsables ». 18 grandes entreprises l’ont signée, représentant près de 100 milliards d’euros d’achats (ADP, Biomérieux, Bouygues, Danone, EADS, EDF, Eiffage, Legrand, L'Oréal, RATP, Rhodia, Safran, Sanofi, Aventis, SNCF, Sodexo, Sperian, Thales et Veolia ). D’autres devraient suivre.

Parmi les engagements : respect des délais de paiement, gestion prévisionnelle des commandes, raisonnement en coût complet, maîtrise des risques de dépendance, etc. Un mix entre rappels réglementaires et dispositions plus novatrices comme la nomination d’un « correspondant PME » chez chacun des grands comptes.

La Cdaf est à l’origine de cette charte, créée en coopération avec la Médiation du Crédit. Comme le souligne Pierre Pelouzet, directeur Achats de la SNCF et président de la Cdaf, cette charte est l’occasion de changer l’image parfois négative des acheteurs. Louis Gallois, pdg d’EADS a rappelé à cette occasion la dépendance des grands comptes à leurs fournisseurs et les besoins de confiance et de dialogue dans la relation client-fournisseur. Certes cette charte ne résoudra pas tous les problèmes mais c'est un pas en avant.

L’occasion pour moi de souligner une nouvelle fois l’importance du volet « éthique de la relation commerciale » dans les démarches Achats Responsables. 
Il s'agit d'un volet essentiel au développement de partenariat et aux innovations partagées entre clients et fournisseurs.
Les Achats ne doivent pas se contenter de sollicitations unilatérales (évaluer et contrôler) pour améliorer l’impact des produits achetés ou gérer leurs risques "image" mais doivent initier une relation équilibrée et mutuellement bénéfique. Cette charte est une bonne illustration des initiatives à mener en ce sens.


Voici le lien vers la charte pour celles et ceux qui voudraient approfondir le sujet.  
                                                                                                                                                                                      

mardi 2 février 2010

Ricoh et la chaîne documentaire vertueuse


Ricoh, fournisseur de solutions d’impression (et non plus simple fabricant de copieur, économie de fonctionnalité oblige !), repense l’impression documentaire. Voici un résumé d’un article paru sur www.cleantechrepublic.com, le 28 Janvier.


Le groupe veut mettre en avant ses initiatives environnementales. Corinne Grapton, Directrice des Relations Stratégiques de Ricoh France (>2500 personnes et 715 millions de CA), témoigne. 
Le groupe n’est plus un simple vendeur de matériel d’impression mais se revendique comme un « spécialiste de la gestion du document ». Une démarche autant lié aux questions de Développement Durable qu’à des aspects stratégiques.

Ricoh met donc en avant un nouveau programme, le « Pay Per Page Green ». Il s’agit d’analyser les besoins de chaque client. En fonction du type de document, l’entreprise propose d’organiser le flux documentaire (exemple : impression ou archivage).
Ceci répond notamment à la problématique des 15% de pages jetées suite à des erreurs d’impression.

Autre initiative, la maîtrise des consommations au travers de badge « utilisateurs ». Certes, cela peut paraître un peu comme du « flicage » mais les résultats sont là (jusqu’à 2x moins d’impressions en 1 an !!).
De même, Ricoh aide au suivi des consommations électriques.

La société a reçu l’appui de Verteego (ils sont très sympas et proposent des solutions bien pratiques – à voir sur www.verteego.com).

Enfin, en interne, Ricoh travaille aussi à l’écoconception des emballages et à une logistique plus « propre » (ferroutage notamment et je leur souhaite bon courage sur ce point car en France de nombreux investissements restent à réaliser ….).

mercredi 27 janvier 2010

Achats publics responsables : code des marchés publics


Sous l’impulsion de l’Union Européenne et sachant que la commande publique représente 10% du PIB, l’Etat français décide en 2005 de s’appuyer sur les achats publics pour développer sa stratégie de Développement Durable.

Pendant longtemps les achats responsables dans le domaine public n’étaient pas ou peu encadrés et les acheteurs étaient frileux devant le risque d’invalidation en commission.
Quel que soit le statut de l’acheteur (acheteur professionnel ou personnes exerçant d’autres fonctions), des formations sur les achats publics responsables se développent.

Si la règle d’or de l’achat public qui veut que la demande soit cohérente avec l’offre doit absolument être respectée pour la mise en concurrence, le code des marchés publics et autres lois facilitent maintenant la mise en œuvre des critères sociaux, sociétaux, environnementaux et éthiques.

Je dresse ici la liste de ces textes:

  -  Article 6 de la charte de l’environnement présente dans la constitution depuis 2005: « Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. À cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social » ;


- Loi de lutte contre l’exclusion (1998) et loi de cohésion sociale (2005) ;


- Directive européenne sur les procédures de passation des marchés publics (2004) ;


- Code des marchés publics (2006) –
  • Art.5 : obligation de s’interroger sur la définition des besoins en fonction des questions de Développement Durable ;
  • Art.10 : le marché global est une exception, l’allotissement est privilégié notamment pour privilégier l’accès au marché par les PME (développement économique) ;
  • Art.6 : possibilité de faire référence à des normes et performances incluant la question environnementale (notamment ecolabels et équivalents) ;
  • Art.14 : conditions d’exécution des marchés respectueuses de l’environnement. Possibilité d’imposer la réalisation d’heures de travail d’insertion et d’exiger le respect des conventions fondamentales de l’OIT ;
  • Art.15 : autorisation de réservation de lots aux EA (entreprises adaptées) et ESAT (établissements et services d’aide par le travail) ;
  • Art 30: marchés passées « en procédure adaptée » avec pour objet l’insertion ;
  • Art.45 : possibilité de demander des certificats EMAS ;
  • Art.53 : critères d’attribution incluant la possibilité de pondérer la protection de l’environnement et le coût global d’utilisation (notamment fin de vie). Possibilité de critères sur la qualité de l’action d’insertion (en lien avec l’article 14).

Attention : le code des marchés interdit de placer la commande locale comme argument de sélection. Ceci même si celle-ci a des vertus en termes d'impact environnemental (émissions de gaz à effet de serre notamment) ou économique (développement territorial).

Autres éléments ayant trait à la dimension éthique : les obligations de transparence de la publicité et le respect des délais de paiement.