On peut être qualifié de « love brand », être la référence des produits Hi-Tech du 21ème siècle avec l’I-Pod, l’I-Phone et maintenant l’I-Pad, et risquer cette image du fait d’une maîtrise aléatoire de sa chaîne d’approvisionnement.
Voilà qu’Apple, déjà longtemps montré du doigt par Greenpeace sur les qualités environnementales de ces appareils (avec de nettes améliorations ces derniers mois cependant), se voit confronté à des scandales sociaux dans les usines chinoises de ses fournisseurs.
A l’heure des Achats Responsables, comment la marque à la pomme en est-elle arrivée là ?
En mars, Le Figaro et Le Monde titraient sur le travail des enfants et le droit « bafoué » dans les usines des principaux fabricants du nouvel I-Pad. Novethic reprend ce mois-ci la charge dans un article intitulé « Chine : la grogne monte dans l’usine du monde ».
Ainsi, alerté par divers scandales, l'entreprise américaine a d’abord constaté l’emploi de 11 enfants de 15 ans alors que l’âge légal chinois est de 16 ans (l’OIT le fixe de son côté à 15 ans mais la règle veut que l’on conserve la référence la plus avantageuse pour les salariés). Ces enfants étaient relativement proches de l’âge minimum lorsqu’ils ont été embauchés, une situation récurrente dans les usines chinoises.
Je signale toutefois que le travail des enfants reste une « non-conformité » sociale relativement rare. Aussi lorsqu'elle est détectée, on peut s’attendre à ce que bien d’autres droits de base des salariés ne soient pas respectés. Cela est manifestement le cas chez les fournisseurs d’Apple puisque les horaires de travail excessif (plus de la moitié des sous-traitants d'Apple ne respectent pas la limite de 60 heures de travail hebdomadaire) et les rémunérations en-dessous du salaire minimum semblent monnaie courante dans les 102 usines fournisseurs d’Apple. Plus grave, une vague de suicide fait rage chez Foxconn, principal sous-traitant. Sans compter d'autres scandales: un journaliste frappé par des gardes et plusieurs intoxications aux produits chimiques (dans 40 % des usines, les équipements de protection sont insuffisants, et que chez plus de 15 % des sous-traitants, les salariés peuvent être exposés à des produits chimiques dangereux)..
Au travers ce rapport, l'entreprise semble vouloir s’inscrire dans une démarche de progrès louable. Pourtant, ces progrès ne semblent pas aux rendez-vous et la marque continue à courir un risque de réputation majeur.
Difficile de me faire une opinion sur l’investissement d’Apple dans cette démarche d’audits. Il faudrait analyser en profondeur les moyens mis en œuvre et les processus d’améliorations définis. En effet, je rappelle que le contexte chinois est loin d’être propice aux améliorations des conditions de travail et, ce, malgré les campagnes d’audits et beaucoup de bonne volonté (les progrès sont souvent plus probants en Inde ou au Bangladesh).
Mais les progrès dépendent aussi de la construction des plans d’améliorations d’Apple et du suivi post-audit. Sans accuser Apple de quoi que se soit, je note seulement que beaucoup d’entreprises se reposent sur la réalisation d’audits, forme d’assurance « image ». Trop peu construisent un réel programme d’audit incluant une vision claire du suivi de plans de progrès, partagés avec les fournisseurs.
Autre paramètre important, la négociation des rythmes et délais de production.
Comment espérer que les conditions de travail puissent s’améliorer si le plan de charge n’est pas adapté ? C’est bien là qu’Apple semble pécher, emporté par les flux d’I-Phone et autres I-Pad vendus sur les marchés des pays développés. Faut-il continuer dans cette voie au risque de voir fleurir des titres tel que « mourir pour ce gadget ? » comme l’a récemment écrit un quotidien britannique ?
Fabriquer en Chine pour baisser les coûts, oui, mais en s’adaptant au contexte chinois et, sans fatalité, faire en sorte de travailler à une réelle amélioration des conditions de travail dans ce pays.
